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La famille de Guy
Lévis Mano avait été expulsée d'Espagne
sous le règne d'Isabelle la Catholique à la fin du XVe
siècle et avait émigré à Salonique, en Turquie,
où s'installera une importante communauté de juifs ottomans.
Guy Lévis Mano y a passé une partie de son enfance et,
comme ses concitoyens, parlait plusieurs langues : l'espagnol archaïque
qui était la langue de sa communauté, l'anglais et sans
doute le français. La Première Guerre mondiale redistribue
les cartes d'appartenance géopolitique : Salonique est rattachée
à la Grèce. Mais de graves menaces pèsent sur la
communauté juive et les parents de Guy l'envoient à l'âge
de 13 ans rejoindre ses deux surs aînées installées
à Paris. Il fréquente alors les écoles françaises
et surtout les bibliothèques publiques, ainsi que les bouquinistes
des bords de Seine. Né Guy Benico LEVY, il associera le nom de
son père à celui de sa mère (MANO) pour devenir
Guy Lévis Mano, appelé " GLM " par la plupart
de ses amis.
1904 Guy
Lévis Mano naît le 15 décembre à Salonique,
alors en Turquie. Il est le fils de Moïse Levy, né le
5 mai 1867 et de Oro Benjamin Mano, née le 15 décembre
1877, tous deux à Salonique.
1918 Le
1er janvier, arrivée de Guy Levy à Paris.
Il est accueilli chez sa sur Mme Yabbes.
1919 Arrivée
à Paris de ses parents, qui s'installeront avec leur fils 137,
boulevard de Grenelle, Paris (15°).
1923 Sous
le nom désormais définitif de Guy Lévis Mano,
il fonde à Paris avec quelques amis sa première revue
de poésie, "La revue sans titre", qui connaîtra
deux numéros.
1924 Il
publie son premier recueil, Les éphèbes, aux
éditions « La revue sans titre ». Deuxième
revue de poésie, "Des Poèmes",qui connaîtra
trois numéros en 1924.
1925 Il
fonde l'Association Internationale des Jeunes écrivains et
Artistes avec un groupe de poètes. Il signe un manifeste contre
le surréalisme dans un article de la revue « Ceux
qui viennnent ». Il organise des soirées poétiques
et musicales. Publication de C'est
un Tango pâmé chez Henry Parville, ainsi que de plusieurs
numéros de la revue « Ceux qui viennnent ».
1926 Il
rencontre Madeleine Pissarro (1906-1998), qui ne cessera jamais de
le soutenir tout au long de sa vie. Afin de régulariser sa
situation et d'obtenir sa naturalisation, il demande à effectuer
son service militaire.
1928-29 Naturalisé
en décembre 1927, il effectue son service militaire au 101°
régiment d'artillerie tractée du Mans (Sarthe), et le
termine avec le grade de maréchal des logis.
Il se passionne pour les sports populaires, le cyclisme (il est journaliste
au Vélo), la boxe, qu'il pratique et dont il est un
des chroniqueurs spécialisés. Il recherche les quartiers
populaires ainsi que la compagnie des ouvriers. Il admire la chanteuse
Damia.
Premières ruptures dans ses amitiés littéraires.
1930 À
l'exception des toutes premières, ses publications sont imprimées
jusqu'en 1933 chez Louis Beresniak, rue Lagrange à Paris (5°),
où il fait de la mise en page.
Cet imprimeur travaillera pour les surréalistes.
1930-33 Il
travaille à La Plume d'Or, inaugurée en 1930, au 2,
rue de la Pompe à Paris (16°).
1932 Il
écrit son premier roman, Jean et Jean, qui annonce
les années 35-39 et son adhésion au surréalisme.
1933 Il
quitte La Plume d'Or et, durant l'été, réalise
ses deux premiers livres, Il est fou! et Ils sont trois
hommes, sur la presse à levier que lui a laissé
un ami poète. C'est la naissance des éditions G.L.M.,
puis GLM. Dès lors, il imprimera lui-même, à de
très rares exceptions près, tous les ouvrages des Éditions
GLM.
1934 Il
prend la gérance de la « Librairie 79 »,
avenue de Ségur, à Paris (15°), avec comme collaborateurs
Roger Bonon et Georges Duchêne (propriétaire de la librairie).
Ce dernier sera remplacé ensuite par Madeleine Pissarro.
1935 Il
acquiert une nouvelle presse. Il publie une courte partie de son roman
Jean et Jean, dans le huitième "Cahier des Douze".
Il acquiert une Minerve à pédale. Intense activité
éditoriale au service des surréalistes qui ont perdu
leurs éditeurs favoris et vont vers cet éditeur qui
est aussi un imprimeur. Ces éditions se font le plus souvent
à compte d'auteur.
1936 Guy
Lévis Mano, Roger Bonon et Madeleine Pissarro s'installent
en mars dans l'atelier n°1 du 6, rue Huygens, Paris(14°).
Un grand nombre de publications voient le jour.
1936-37 Deux
expositions présentées par Paul Éluard et Pierre
Jean Jouve contribuent à étendre la renommée
de GLM.
1936-1939 Années
les plus actives : 46 parutions en 1936, 52 en 1937, 21 en 1938,
27 en 1939. Parmi les nombreuses revues éditées par
GLM, la plus importante est « Les cahiers GLM »(9
numéros) de 1936 à 1939, qui associent textes et dessins
selon une formule que d'autres revues reprendront plus tard. Le 17
novembre 1939, GLM organise au Studio des Champs Élysées
un récital de poésie.
1938 Madeleine
Pissarro ouvre en novembre une librairie dans l'atelier n°4 de
la cour du 6, rue Huyghens.
1939 En
septembre, à la déclaration de la guerre, Guy
Lévis Mano est mobilisé, ainsi que Roger Bonon. Fermeture
de l'atelier. Madeleine Pissarro ferme également la librairie
et entasse les ouvrages chez la concierge qui met un local à
sa disposition.
1940 Dès
le début de la guerre, Roger Bonon est tué sur son bateau
Dunkerque.
1940-1945 Guy
Lévis Mano est prisonnier de guerre en Allemagne, n°51329,
Stalag 3 B 214. Il continue à écrire. Il est envoyé
en Kommando disciplinaire en Poméranie, Stammlager II D, n°72170.
1941 À
Paris, la Commission de révision des naturalisations émet
un avis suspensif à son sujet, Guy Lévis Mano étant
prisonnier de guerre.
1942 Son
manuscrit écrit en captivité sous le pseudonyme de Jean
Garamond est envoyé par l'intermédiaire de la Croix
Rouge suisse à Albert Béguin qui l'envoie à Pierre
Seghers, lequel préparait ses Poètes prisonniers
(1943). En Suisse, les deux poèmes de J. Garamond parurent
aussi en mars 1943 dans « Lettres », collection
dirigée par Pierre Courthion.
À Paris, une enquête de la Préfecture de police
concernant les parents de GLM est effectuée et émet
un avis de « notoriété »favorable.
Le fait que leur fils soit prisonnier de guerre a probablement empêché
ses parents d'être arrêtés et déportés
comme juifs.
1943 Une
nouvelle fois, la Commission de révision des naturalisations
est saisie : elle maintient la naturalisation de Guy Lévis
Mano.
1945 GLM
revient à Paris, très marqué et assombri par
ces années de captivité. Il reprend son activité
d'éditeur.
Il exercera dès lors une véritable attraction sur toute
une génération d'auteurs : René Char, Paul
Éluard, Pierre Jean Jouve, Henri Michaux, Jacques Prévert,
Andrée Chédid... Il édite deux revues: « Le
Temps de la Poésie », « Nouvelle Série
des cahiers GLM »(1954). Il publie sa poésie, des
textes anciens du domaine français, des éditions bilingues
d'auteurs modernes ou anciens, de jeunes poètes qu'il découvre.
1951-74 Publication
d'une dizaine de volumes par an. Peu d'éditions originales,
beaucoup de traductions d'auteurs espagnols.
1978 Atteint
d'un cancer du poumon qu'il sait incurable, il réfléchit au devenir
des Éditions GLM avec Madeleine Pissarro, Philippe et Claudie
Makedonsky, ses voisins d'atelier et amis, et Bernard et Simone Pissarro.
Il souscrit au projet de fonder une Association GLM, qui assurerait
la vente des ouvrages encore disponibles et en utiliserait les recettes
pour attribuer des bourses à des
poètes, des typographes, des illustrateurs. À cette fin, et
avec la réserve expresse de ne pas rééditer à l'identique ses ouvrages,
il lègue le fonds des Éditions GLM à Madeleine Pissarro, qui
en fera don à L'Association GLM, créée en 1980.
1980 Mort
de Guy Lévis Mano le 25 juillet à Vendranges (Loire),
chez ses amis M. et Mme Gouttebaron. Il est inhumé au cimetière
de Vendranges.
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portrait de Guy Lévis Mano
publié dans Jean & Jean, GLM, 1935
photo ©Pierre Kefer

encart pour la Plume d'Or
dans Directions, 1 de juin 1932

Guy Lévis-Mano et sa chienne
Elsa
rue Huyghens, vers 1935. Photo D.R.
GLM devant son atelier
rue Huyghens à Paris
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