ASSOCIATION GUY LÉVIS MANO

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GLM éditeur - illustrateur
       

C'est à 19 ans, en 1923, que GLM crée avec quelques amis une première revue « La revue sans titre », et c'est déjà une revue GLM : les illustrations (d'abord des gravures sur bois) sont intégrées à l'édition et la mise en page fait dès le début l'objet d'une recherche formelle. Cette recherche poussera GLM à publier constamment de nouvelles revues, variant format, présentation et mise en page. Son intérêt pour la typographie et l'illustration sera constant.
Dans son activité d'éditeur, GLM se passionne pour la typographie dont il tient à s'occuper lui-même chez l'imprimeur dès les premières éditions. À l'été 1933, le poète urugayen Rodriguez Pintos lui laisse une petite presse à levier, avec quelques casses. GLM commence alors à imprimer lui même. Il publie cet été là son premier livre de poèmes sous le titre Il est fou, bientôt suivi de Ils sont trois hommes.

 

 

 

 

Ce qui fait son originalité : l'association de textes et de dessins. La contribution graphique d'un peintre est aussi importante que le texte littéraire.
Plus des deux tiers de ses livres comportent des illustrations.

 

Certaines de ces éditions étaient de véritables livres illustrés où textes et images se répondaient :
Sacrifices de G.Bataille, ill. A. Masson (1936)
Solidarité de P. Éluard, ill. Picasso, Miró, Tanguy, et coll. (1938)
Facile proie de P. Éluard, ill. W. Hayter (1939)
Et parfois des livres où la part graphique prédominait largement.

La Revue Sans Titre, 2ème série, n°4, Paris 1924

La Revue Sans Titre
2ème série, n°4, Paris, 1924

 
       

Un artisan de belles formes vraies*

« À dix-sept ans j'écrivais des poèmes », confia-t-il un jour. Deux ans plus tard il les publiait et de 1923 à 1928, entouré d'amis tels qu'Halina Izdebska, Gaston Poulain, Marie Sauvage, Robert Barriot, Jeanne Bergson, il édita quatre revues successives et quelques livres. Publiées « en coopérative », ce qui signifie, semble-t-il, que les auteurs participaient aux frais, ces revues éphémères étaient ouvertes aux jeunes poètes et peintres - elles étaient très illustrées - sans parti pris de chapelle : « Nous irons à l'art par tous les chemins » était-il proclamé dans l'une d'elles. Il s'agissait pour ces jeunes gens de s'affirmer en s'éditant et cela n'allait pas sans quelques attaques contre d'autres groupements littéraires appelés à plus d'avenir: le premier article de Ceux qui viennent (janvier 1925) est dirigé contre le surréalisme, dont le Manifeste venait de paraître. Guy Lévis Mano qui le signa, se présente à nous comme le chef de file de ce petit groupe et, dans ces années, paraît déborder d'activités. Fondateur d'une brève « Association internationale des jeunes écrivains et artistes », organisateur de soirées poétiques et musicales, il publie en 1925 C'est un tango pâmé, dont la critique loua surtout le soin apporté à la typographie, pourtant si éloignée de ce que nous sommes habitués d'aimer en ses livres.
À l'exception des toutes premières, ses publications, jusqu'en 1933, sont imprimées chez Louis Beresniak, rue Lagrange, qui par la suite travailla également pour les surréalistes. Chez lui, Guy Lévis Mano observe les ouvriers au travail, les questionne, se frotte en somme à l'imprimerie, mais borne son intervention aux mises en pages. L'absence de capitales et de pagination, parfois la suppression de la page de titre ou de la ponctuation, que remplace un écart variable entre les mots, plus tard les titres courants en bas de page, autant de détails faits pour surprendre et qui témoignent d'un désir d'innovation.

Antoine Coron

Lire le texte d'Antoine Coron


* citation de Pierre Jean Jouve

 

 

C'est un tango pamé, GLM, 1925 (détail de la couverture)

C'est un tango pamé, GLM, 1925
(détail de la couverture)

Longueur des nuits où rien n'arrive,  Guy Lévis Mano, GLM 1935 (page de texte)

Longueur des nuits où rien n'arrive,
Guy Lévis Mano, GLM 1935 (page de texte)

 
     

L'éditeur des poètes

[...] Mais il y a à Paris un homme, poète, imprimeur, traducteur, qui a consacré sa vie à l'édition de la poésie. Pendant douze ou quinze ans, il fut seul à courir ce risque, et sans doute sera-t-il bientôt seul à nouveau, après avoir trouvé, à son retour de captivité, beaucoup d'émules heureux, d'imitateurs, de plagiaires. Sur eux tous il garde l'avantage d'un choix à la fois délicat et orienté, ainsi que la supériorité de l'artisan qui a créé son propre style typographique. Il s'est appelé Jean Garamond pour signer les très beaux poèmes qu'il écrivit lorsqu'il était prisonnier en Allemagne. Il se nomme Guy Lévis Mano pour ses autres œuvres et ses traductions comme dans la vie civile. Éditeur-imprimeur, il est simplement GLM. C'est un solitaire, dont l'existence se confond avec le travail. Peu de métiers attachent aussi profondément leur homme que le métier de typographe, lorsqu'il est exercé comme un art de création. Aujourd'hui comme avant la guerre, on peut être certains de trouver, à n'importe quelle heure, GLM au labeur dans son petit atelier du 6, rue Huyghens, au fond d'une cour.
Ses amis - poètes connus ou inconnus, admirateurs de son travail, camarades de captivité - sont nombreux. Ce sont eux qui viennent le voir, parce qu'il n'aime pas s'éloigner de ses presses, de ses casses, des pages dont il soigne et remanie sans cesse la composition.

Albert Béguin, in GLM, Fata Morgana, 1982.

 

 

Le temps de la poésie, 1, éditions GLM, 1948
Le temps de la poésie, 1
Éditions GLM, 1948

 

 
     

Le poète imprimeur

[...] Puis, il y avait Aragon, alors rôdeur familier des passages et des ruelles de la capitale. Dans son livre sur ce thème, il avait oublié le poète-imprimeur qui vivait avec sa chienne Elsa dans un enclos du quatorzième arrondissement où il avait son atelier. Paysan de Paris plus qu'Aragon ne l'eût jamais imaginé, Guy Lévis Mano, l'éditeur des surréalistes travaillait là, dans une arrière-cour de la rue Huyghens où la concierge, qui vivait dans une minuscule baraque, était souvent la mère nourricière de ses artistes. Guy s'affairait lentement dans une minuscule pièce (on avait peine à se glisser autour de la presse d'imprimerie). Il allait composer là, sous la raison sociale GLM, Les Yeux fertiles d'Éluard, La Main passe de Tzara, les Poésies complètes de Soupault, Kyrie de Pierre Jean Jouve et les Lettres de Rodez d'Antonin Artaud. Je le verrai toujours, les doigts brillants de plombagine, cherchant dans le haut de casse la lettrine d'un Garamond.

Pierre Courthion in D'une Palette l'autre : mémoires d'un critique d'art, Éd.La Baconnière - Genève, 2004.

 

 

Lettres de Rodez, Antonin Artaud, Éditions GLM, 1946
Lettres de Rodez, A.Artaud
Éditions GLM, Paris, 1946

 
     

Guy Lévis Mano/Jean Garamond/GLM

Gisèle Prassinos, André Breton, René Char, Paul Éluard, Henri Michaux, Tristan Tzara, Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Voronca, Pierre Albert, Birot : entre 1934 et 1937, un poète de trente ans, fou de typographie, les édite. Ses inventions, ses audaces, sa rigueur sont telles que Jérôme Peignot salue dans sa revue ce jeune aventurier du plomb et des casses, ce poète aux mains d'or qui bouscule l'ancien jeu des compositions en bataillons serrés pour proposer à l'œil des mises en pages où les anciennes règles volent en éclat, remplacées par un ordre nouveau, celui d'un regard résolument moderne. [...]
René Crevel, Max Jacob, Jacques Prévert, Achille Chavée, André Frédérique, Philippe Soupault, Pieyre de Mandiargues, Maurice Blanchard : [...] bientôt, dans ses cartes, revues et publications toujours réinventées, dans ses Cahiers GLM qui seront entre Mai 1936 et mars 1939 l'une des plus prestigieuses revues de l'époque, GLM va donner à lire la poésie de son temps. [...]
Valentine Penrose, Andrée Chedid, J.R. Jimenez, Younouz Emre, Federico García Lorca, Manrique, Coleridge, Rafael Alberti, Ramon Llull, Pablo Neruda, Gongora, Nerval : la curiosité de GLM, son goût des découvertes, le conduiront à rencontrer et à publier des amis si bien choisis et si nombreux qu'on ne pourrait les citer tous. Aux poètes français les plus modernes qu'il révèle (les noms bien connus aujourd'hui étaient alors ceux de jeunes hommes quasiment ignorés, ou rejetés) il ajoute les poètes étrangers les plus marquants, anciens et modernes, qu'il traduit parfois, lui-même - ses traductions de Federico García Lorca et de Coleridge entre autres, sont exemplaires.[...]

 

 

GLM rassemble autour de ses collections et de ses Cahiers les artistes les plus modernes. Les peintres qui inventent un nouveau regard, les graveurs et dessinateurs des mystérieux tracés qui conduisent aux « vastes et étranges domaines » illustreront ses revues et ses livres. Certains titres deviendront rarissimes, qui suffiraient à assurer sa renommée de grand amateur et d'éditeur. Ainsi Facile de Paul Éluard, illustré par d'admirables photographies de Nush Éluard par Man Ray ; ainsi encore avec Man Ray, la Sauterelle arthritique de Gisèle Prassinos, et Les Yeux fertiles d'Éluard avec Picasso, ou la Ballade du vieux marin de Coleridge (il l'aura traduite en captivité) avec les illustrations de Mario Prassinos.

 

Mais si Chirico, Balthus, Giacometti, Yves Tanguy, Brauner, Miro, Magritte, Bellmer, Max Ernst et quelques autres ont dessiné pour lui, GLM s'attache également à des plaquettes non moins précieuses : quand Hélène Bokanovski traduit Walt Whitman et Dylan Thomas, quand André Du Bouchet donne à GLM la meilleure version française des poèmes de Trakl, quand Henri Stierlin s'attache à Pasternak, les abonnés aux publications de GLM trouvent que l'éditeur, le chercheur, l'exceptionnel typographe ouvrent pour eux les chemins des merveilles. C'est vrai. L'édition, avec lui, n'est pas commerce mais noblesse. [...]

Pierre Seghers, in GLM, Fata Morgana, 1982.

 

 

 
     

L'illustrateur

[...] Ce sont autant de textes accompagnés d'un frontispice ou de quelques illustrations clichées, plus rarement d'une gravure qui font écho à la parole poétique. Après guerre, « l'image » se fera plus rare encore que durant la grande période surréaliste (1933 à 1939), Guy Lévis Mano privilégiant le poème et sa typographie. Pour le plaisir, citons cependant quelques-uns des peintres ou graveurs imprimés par G.L.M. : Balthus, Bellmer, Brauner, Chirico, Dali, Duchamp, Ernst, Foujita, Giacometti, Valentine Hugo, Kandinsky, Lam, Léger, Magritte, Masson, Miró, Picasso, Man Ray, Sima, Survage, Tanguy, Toyen, Villon... La liste, loin d'être exhaustive, n'est-elle pas exemplaire ? Nous retrouvons bien sûr ici la lucidité de l'éditeur, mais aussi l'intelligence du maquettiste susceptible de marier pour notre plus grand plaisir la parole à l'image de son temps, dans un couple toujours évident.
G.L.M. savait écouter le vœu du poète, ou suggérait lui-même ces fiançailles, entremetteur génial, il est le premier à nous offrir en 1939 Michaux illustré par lui-même, à nous donner Lautréamont illustré par tous les peintres surréalistes, Mario Prassinos « parlé » par sa sœur Gisèle... que de « couples » prestigieux ne rencontre-t-on pas : Éluard avec Picasso, Pierre Jean Jouve avec Sima, René Char avec Giacometti ou Miró... Parfois même, l'image est le seul objet du livre, c'est le cas des collages de Max Bucaille ou d'ouvrages reproduisant des gravures anciennes ; parfois, à l'écoute de son temps, c'est la photographie reproduite en simili-gravure qui sera primordiale (Gil Pax dès 1933, Man Ray ou l'admirable poupée photographiée par Bellmer...)
Qui pourrait aujourd'hui réunir une telle pléiade de grands artistes, qui pourrait allier un tel discernement d'éditeur à l'humilité de la réalisation typographique ?

Jean-Hugues Malineau, article paru dans Arts et Métiers du livre, n°156, été 1989.

Quelques ouvrages illustrés:
1946.  La ballade du vieux marin de Coleridge, illustrations de M. Prassinos
1949.  Cinq fois de M. Hadjilazaros
1950.  Chant funèbre pour Ignacio Mejias de F.G. Lorca, illustrations de Vilató
1954.  À la santé du serpent de R.Char, illustrations de Juan Miro
1965.  Retour amont de R. Char, illustrations de A. Giacometti

 

 

 

portrait de Guy Lévis Mano par Gill Pax, éditions GLM, Droits Réservés

portrait de Guy Lévis Mano
par Gill Pax, édition GLM

 

La Ballade du vieux marin, S. T. Coleridge, GLM 1946

La Ballade du vieux marin,
S.T. Coleridge, GLM 1946

 

 

Lettrine de Mario Prassinos pour Le vieux marin de S.T.Coleridge, GLM, 1946

La Ballade du vieux marin,
S.T. Coleridge, GLM 1946

Lettrine de Mario Prassinos

 

Mario Prassinos, dessin d'illustration pour Calamité des origines

Calamité des origines, GLM 1937
dessin d'illustration de Mario Prassinos,
image©Mario Prassinos ADAGP, 2007

     

De 1935 à 1939 la part d'éditions originales est de 70%.

À partir de 1945 la production d'œuvres originales s'amenuise progressivement jusqu'à ne représenter que le tiers des livres qu'il imprime. Il édite alors des textes anciens (40% de ses éditions entre 1964 et 1974) du domaine français, et des traductions d'auteurs modernes ou anciens (un tiers de 1945 à 1950).

Même phénomène pour les livres illustrés. En trente ans, GLM en publie moins que durant la période 1935-1939.

Les reproductions de bois anciens (du XVI° au XIX° siècle) sont assez nombreuses. La gravure prédomine quand il s'agit d'artistes contemporains.

 

 

 

Crâne sans lois, Guy lévis Mano, ill. André Masson, GLM, 1939

Crâne sans lois, Guy lévis Mano
illlustré par André Masson, GLM, 1939

composition de GLM, septembre 1945
composition de GLM
septembre 1945
 

 

À son retour de captivité, plusieurs des ses auteurs ont atteint la notoriété : Éluard, Michaux, Jouve, Char. Il imprime Liberté de Paul Éluard qui lui était parvenu en captivité, les Lettres de Rodez d'A.Arthaud, La Ballade du vieux marin de T.S. Coleridge, qu'il a traduit, illustrée par Mario Prassinos, un choix de Maurice Scève établi et préfacé par Albert Beguin, Le Romancero Gitan de F.G. Lorca qu'il a traduit.
Il imprime les jeunes poètes qu'il découvre.

Il fait paraître une revue exclusivement poétique,  le Temps de la poésie, et la nouvelle série des  Cahiers GLM ont pour ambition de couvrir le champ de la poésie de son temps dans ce qu'elle a de meilleur, en France et à l'étranger. (in Les Éditions GLM, Antoine Coron, Bibliothèque Nationale, 1981)

Les auteurs de langue autre que française édités par GLM

Outre les auteurs contemporains de langue française, GLM édite des auteurs
- espagnols : voir la rubrique GLM poète et traducteur de poésie
- germaniques : Friedrich Hölderlin, Heinrich von Kleist, Novalis, Hugo von Hofmannsthal
- anglo-saxons : Rupert Brooke, Edward Lear, William Shakespeare, Christopher Smart, Walt Whitman
- russes : Serguei Essenine, Boris Pasternak, Vladimir Maïakovski
- turc : Yunus Emré
mais aussi
- africains : Léopold Sédar Senghor
ainsi que des poètes français du XVI° siècle : Louise Labé, Maurice Scève, Jean de Sponde

 

 

 

L'illustration dans les éditions GLM

L'utilisation de gravures sur bois dès les premières éditions de GLM et la présence d'illustrations dans toutes les éditions GLM sont avec une recherche typographique des caractéristiques essentielles du travail d'éditeur de GLM. Le travail de la lettre trouve son contrepoint formel dans les illustrations.

 
Chemin de croix infernal, GLM 1936

Chemin de croix infernal, Max Jacob, GLM 1936
dessin d'illustration de Mario Prassinos
image©Mario Prassinos ADAGP, 2007
 
     
 
 
 
 

 

 

   
   
   
   

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