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« Nous ne sommes pas une
école, nous ne représentons pas une tendance. La poésie
est en toute chose.
Nous oserons la crudité des mots, et ce que le pudibond a déclaré
outrancier. Nous irons à l'art par tous les chemins. »
(extrait du tract de présentation de la revue Des
poèmes, 1924)
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GLM
poète |
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Catalogue des
textes poétiques de Guy Lévis Mano
De 1924 à 1974, GLM publie une trentaine
de recueils de textes poétiques
...suite
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GLM parlait plus aisément de son métier de typographe que de sa poésie.
Il se réclamait de sa qualité « d'artisan », rarement
de celle de « poète »; il répétait, non sans fierté
« qu'il avait réussi le travail de ses mains ».
Pour lui, la poésie était vivante : la vie même. Parvenant à « loger
la source » en quelque lieu que ce soit - même derrière
les barreaux d'une longue et déchirante captivité - cette poésie,
il en ressentait le partage plutôt que le privilège.
Cela ne l'empêchait pas de soumettre le « texte écrit »
à un examen inflexible. S'il devait aboutir, le travail du typographe
ou du poète, celui des caractères imprimés ou du mot, exigeaient la
même rigueur. Quand il lui arrivait de montrer à des amis ses poèmes
en cours, il les commentait avec une sévérité tenace. Ses textes ne
paraissaient que lorsque chaque mot - passé au crible - trouvant
sa place, son rythme, sa signification intime, le laissait enfin en
paix. Relire GLM est une perpétuelle découverte. Peu d'auteurs contemporains
possèdent, à la fois, ce lyrisme ample et contenu, cette langue originale
et originelle. Poésie d'élan, mais aussi de recherche. Non pas dans
la voie d'une fabrication conforme aux canons de l'époque, ni dans le
désir de se singulariser; mais exploration du langage, battue des mots,
quête souvent douloureuse pour faire affleurer ce cri fondamental qui
fait écrire; ce cri d'absence et de présence, de révolte et d'acquiescement.
Andrée Chedid, in : Guy Lévis Mano,
Éd. Seghers, Paris, 1974.
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treize minutes, GLM 1932 (détail
de la couverture)
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je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand'père était oriental
et j'ai on me l'a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n'acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu'il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours
ils m'ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
in Treize Minutes, Guy Lévis Mano, 31 janvier
1925
lire le poème
intégral
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De la poésie de Guy Lévis Mano, on pourra
dire aussi qu'elle est un soliloque secret, allusif, indéfiniment
repris; un trépan qui creuse sans cesse en lui ; un jeu, combien
tragique, de miroirs pour se saisir en dépit de l'indistinct et
de l'obscur ; une lutte de captif, pour n'être que lumière.
On reprendra son propre mot de « litanie », cette
longue prière murmurée qui est la voix de la source logée
dans les profondeurs. Elle sera, cette poésie, la clé qui
ouvre pour le poète et pour bien d'autres « la porte
étroite de la sérénité ». Elle
rejoint, la vie vécue, les mots-clés de son Il est fou :
il avait fait son temps sur terre. Il s'était aboli...
Guy Lévis Mano,
Jean Garamond, G.L.M., Pierre Seghers. In GLM : Fata Morgana, 1982.
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POÈMES DE LA CAPTIVITÉ
Cinq années. La nuit
du prisonnier commence. Faim, sévices, humiliation. Et cette attente
que chaque aube renouvelait. Rien, bien sûr, rien de comparable
aux camps d'extermination dont GLM apprendra l'existence plus tard...
Mais le sang se décolore ; la jeunesse échappe, s'estompe
irrémédiablement à longueur de jours, de mois, d'années.
Ce monde étroit, clôturé, étouffe, épuise,
limite, lorsqu'on est fait pour l'espace et pour prendre la vie à
bras-le-corps. Le cri du poète est simple, poignant :
Homme exclu
de la vie et de la mort
Que c'est difficile
que c'est difficile
Aujourd'hui encore, dans notre monde jamais innocent et qui charrie
sans cesse ses victimes, ses injustices, « vaste cicatrice
dans la respiration de la vie », les poèmes de Guy Lévis
Mano peuvent toujours témoigner pour des « hommes prisonniers
aux passions en chômage ». [...]
Le souvenir de cette expérience cruciale poursuivra Guy Lévis
Mano durant des années.[...] Cette longue nuit, Guy Lévis
Mano ne s'en défera jamais tout à fait. Ni de cette immobilité
imposée, subie, et comme multipliée par l'immobilité
des autres. Ni de ces sentinelles, ces barbelés, ces miradors,
que seul le sommeil effaçait. Il fallait se colleter avec cette
nuit-là pour survivre. Nuit si oppressante qu'elle brouille et
nie le moindre rayon de soleil.
Il fallait aller jusqu'au bout de ce désespoir, l'étreindre,
le traverser, pour en tirer salut. Puis regarder plus loin, au-delà
de sa nappe d'ombre.
Andrée Chedid. In : GLM,
Éd. Fata Morgana, 1974 (extraits).
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Recroquevillé
la main lourdement plaquée sur sa hanche
mon camarade a murmuré : ça y est
Le silence était lisse - comme la prairie était verte
-
qui hacha le sifflement des obus.
C'est très simple - et c'est cela la mort.
Je pars les bras ballants
c'est difficile - c'est difficile terrible et banal.
Un camarade est mort
qui me souriait - racontait et chahutait...
Et c'est arrivé
et je ne suis pas certain que ce soit arrivé
et que mille morts soient plus tragiques qu'un mort.
in Images de l'homme immobile, 1e édition
1945, écrit en captivité
lire d'autres poèmes
de la captivité
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DES HOMMES ET DES POÈTES
On s'évertue à définir la poésie.
On sacre grand poète un habile versificateur. Le tambour-major
de cet habile versificateur définit la poésie, comme un
fluide, qui unit l'âme du poète à l'âme du lecteur.
C'est peut-être bien. Mais il s'agit de définir le fluide
maintenant. On n'a pas fait un pas. On dit : ce n'est pas de la poésie.
C'est de la poésie. Je préfère appeler une page écrite
MINUTE. On la reçoit, ou on ne la reçoit pas. Mais on ne
peut pas dire : c'est une minute, ce n'est pas une minute. Quoiqu'en dise
M. Paul Valéry, c'est encore les phrases que nous ne contrôlons
pas qui nous fournissent, les plus grandes trouvailles. Une phrase nous
chante, s'échappe de nous, comme un oiseau dans un parc désert
s'échapperait d'un arbre. Une autre phrase nous chante. On nous
a appris qu'elles viennent, ces phrases, du subconscient. Il y a entre
elles certainement, une logique tenue, subtile, qui fait la nique à
celle solide de notre esprit. Je n'aime pas la logique, et je jette volontiers
sur le papier ces phrases qui me viennent d'un territoire où je
ne fais pas la pluie et le beau temps. Il y a la poésie de la foule,
du plus loin, de l'action. Damia dans la salle de l'Européen, jetant
des câbles à des voyous pour les attirer vers des aventures
qui sont de vastes blagues, et de larges sensations momentanées.
J'ai dit, il y a longtemps, que quand je pensais à la poésie,
je ne pouvais voir que deux lèvres fervemment posées sur
le cur de la vie... Mais il est certain qu'on dira que ce n'est
pas cela du tout...
La poésie, ceux qui ne s'en soucient pas, la contiennent. Je n'aime
pas les poètes. Ils sont hommes de lettres avant d'être hommes
tout court. Avant tout on devrait avoir la bouche pleine de terre. Aimer
à s'insinuer dans ce long corps mouvementé, chaud, imprévu,
qu'est la rue. Aimer surtout cela. Mais les poètes ont la bouche
pleine de littérature. Et ils la prennent au sérieux. Il
y a des tables où l'on polit des phrases, où l'on fait de
la belle poésie. Seuphor conseille au poète de porter la
cravate de tout le monde. Je cherche avant tout un homme. Si cet homme
fait de la poésie en vivant, tant mieux. Mais je n'aime pas voir
toujours un poète me masquant l'homme... Je préfère
ma vie à ma poésie. D'ailleurs, je ne sais pas ce que c'est
que la poésie.
Des hommes et des poètes, Guy Lévis
Mano, in Directions IV, décembre 1932.
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couverture de C'est un tango pamé
GLM, 1925 (détail)
Mal à l'homme
Il avait rêvé la liberté durant
une inépuisable
solitude qui lui fit détester tout ce qui était vert.
Il avait rêvé la liberté assez longtemps pour qu'elle
fût parée comme une reine et entourée d'une cour
lumineuse et sereine. Mais retournant dans sa
ville, il ne reconnut même plus l'odeur de ses
rues et il perdit son rêve et son sourire en
constatant que souffrance ni colère ni mort ne sont
levain suffisant pour les hommes.
in Mal à l'homme, Guy Lévis Mano
, 1948.
lire le poème
Mal à l'homme
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De 1924 à 1960, GLM publie dans des revues
ainsi que dans des ouvrages collectifs : 1925 C'est un
tango pâmé, Paris, éditions Henry Parville
...suite
Il publie aussi des préfaces pour des éditions de
poésie de Juan Loguaiyu (1931), Carlos Rodriguez-Pintos (1934),
...suite
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À son retour de captivité, en 1945, un des premiers textes
que composera et éditera Guy Lévis Mano sera le poème
Liberté de Paul Éluard. |
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GLM
traducteur de poésie |
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L'écriture poétique accompagne GLM tout au long de sa
vie. Son engagement l'amène aussi à traduire, dès
1933, des poètes de langue espagnole ou catalane, (García
Lorca, Neruda, Paz, Rodriguez Pintos, Vicente...) mais aussi des poètes
anglais (Coleridge, Shakespeare, Carroll).
L'éditeur du monde entier
Durant les vingt dernières années de son activité
et parallèlement à ces publications contemporaines, G.L.M.
nous donnera également la chance de découvrir la poésie
par delà le temps et l'espace. Une bonne centaine de livres nous
permettront d'explorer le poème injustement méconnu par-delà
les frontières, oublié par-delà les siècles.
De l'Antiquité à l'Amérique du Sud d'aujourd'hui,
de la Bible à Charles d'Orléans, de Maurice Scève
à Sainte-Thérèse d'Avila, de Saint-François
d'Assise aux coplas andalouses, Guy Levis Mano nous offre de la poésie
un échantillonnage universel grâce entre autres à
sa collection « Voix de la Terre » commencée
en 1949 et qu'il poursuivra jusqu'en 1972. Il ne dédaigne pas
non plus, attentif à la parole poétique sous toutes ses
formes, parfois les plus inattendues, à imprimer de petits traités
d'alchimie cocasses, des propos d'enfants, des chants populaires grecs,
français ou serbes, des dictons ou proverbes de tous pays, et
même le traité d'anatomie et de physiologie de Platon.
Éclectique, passionné, érudit, autodidacte, de
coups de cur en émerveillement, capable d'humour et de
clins d'yeux comme de lucidité à vif, son exploration
intuitive fait une large place aux langues allemandes, anglaises, russes
et surtout espagnoles (G.L.M. en ce dernier cas témoignait d'un
remarquable talent de traducteur)...suite
Présence et postérité de Guy
Lévis Mano, J.-H. Malineau
Voir le catalogue des textes
poétiques traduits par Guy Lévis Mano.
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Cinq romances gitanes,
Federico García Lorca, GLM 1939
traduction de Guy Lévis Mano.
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