GLM poète - GLM traducteur de poésie

« Nous ne sommes pas une école, nous ne représentons pas une tendance. La poésie est en toute chose.
Nous oserons la crudité des mots, et ce que le pudibond a déclaré outrancier. Nous irons à l'art par tous les chemins. »
(extrait du tract de présentation de la revue Des poèmes, 1924)



GLM poète

GLM parlait plus aisément de son métier de typographe que de sa poésie. Il se réclamait de sa qualité « d'artisan », rarement de celle de « poète »; il répétait, non sans fierté « qu'il avait réussi le travail de ses mains ».
Pour lui, la poésie était vivante : la vie même. Parvenant à « loger la source » en quelque lieu que ce soit - même derrière les barreaux d'une longue et déchirante captivité - cette poésie, il en ressentait le partage plutôt que le privilège.
Cela ne l'empêchait pas de soumettre le « texte écrit » à un examen inflexible. S'il devait aboutir, le travail du typographe ou du poète, celui des caractères imprimés ou du mot, exigeaient la même rigueur. Quand il lui arrivait de montrer à des amis ses poèmes en cours, il les commentait avec une sévérité tenace. Ses textes ne paraissaient que lorsque chaque mot - passé au crible - trouvant sa place, son rythme, sa signification intime, le laissait enfin en paix. Relire GLM est une perpétuelle découverte. Peu d'auteurs contemporains possèdent, à la fois, ce lyrisme ample et contenu, cette langue originale et originelle. Poésie d'élan, mais aussi de recherche. Non pas dans la voie d'une fabrication conforme aux canons de l'époque, ni dans le désir de se singulariser; mais exploration du langage, battue des mots, quête souvent douloureuse pour faire affleurer ce cri fondamental qui fait écrire; ce cri d'absence et de présence, de révolte et d'acquiescement.

Andrée Chedid, in : Guy Lévis Mano, Éd. Seghers, Paris, 1974.


De la poésie de Guy Lévis Mano, on pourra dire aussi qu'elle est un soliloque secret, allusif, indéfiniment repris; un trépan qui creuse sans cesse en lui ; un jeu, combien tragique, de miroirs pour se saisir en dépit de l'indistinct et de l'obscur ; une lutte de captif, pour n'être que lumière. On reprendra son propre mot de « litanie », cette longue prière murmurée qui est la voix de la source logée dans les profondeurs. Elle sera, cette poésie, la clé qui ouvre pour le poète et pour bien d'autres « la porte étroite de la sérénité ». Elle rejoint, la vie vécue, les mots-clés de son Il est fou : il avait fait son temps sur terre. Il s'était aboli...

Guy Lévis Mano, Jean Garamond, G.L.M., Pierre Seghers. In GLM : Fata Morgana, 1982.



POÈMES DE LA CAPTIVITÉ

Cinq années. La nuit du prisonnier commence. Faim, sévices, humiliation. Et cette attente que chaque aube renouvelait. Rien, bien sûr, rien de comparable aux camps d'extermination dont GLM apprendra l'existence plus tard... Mais le sang se décolore ; la jeunesse échappe, s'estompe irrémédiablement à longueur de jours, de mois, d'années. Ce monde étroit, clôturé, étouffe, épuise, limite, lorsqu'on est fait pour l'espace et pour prendre la vie à bras-le-corps. Le cri du poète est simple, poignant :
Homme exclu de la vie et de la mort
Que c'est difficile que c'est difficile
Aujourd'hui encore, dans notre monde jamais innocent et qui charrie sans cesse ses victimes, ses injustices, « vaste cicatrice dans la respiration de la vie », les poèmes de Guy Lévis Mano peuvent toujours témoigner pour des « hommes prisonniers aux passions en chômage ». [...]
Le souvenir de cette expérience cruciale poursuivra Guy Lévis Mano durant des années.[...] Cette longue nuit, Guy Lévis Mano ne s'en défera jamais tout à fait. Ni de cette immobilité imposée, subie, et comme multipliée par l'immobilité des autres. Ni de ces sentinelles, ces barbelés, ces miradors, que seul le sommeil effaçait. Il fallait se colleter avec cette nuit-là pour survivre. Nuit si oppressante qu'elle brouille et nie le moindre rayon de soleil.
Il fallait aller jusqu'au bout de ce désespoir, l'étreindre, le traverser, pour en tirer salut. Puis regarder plus loin, au-delà de sa nappe d'ombre.

Andrée Chedid. In : GLM, Éd. Fata Morgana, 1974 (extraits).

DES HOMMES ET DES POÈTES

On s'évertue à définir la poésie. On sacre grand poète un habile versificateur. Le tambour-major de cet habile versificateur définit la poésie, comme un fluide, qui unit l'âme du poète à l'âme du lecteur. C'est peut-être bien. Mais il s'agit de définir le fluide maintenant. On n'a pas fait un pas. On dit : ce n'est pas de la poésie. C'est de la poésie. Je préfère appeler une page écrite MINUTE. On la reçoit, ou on ne la reçoit pas. Mais on ne peut pas dire : c'est une minute, ce n'est pas une minute. Quoiqu'en dise M. Paul Valéry, c'est encore les phrases que nous ne contrôlons pas qui nous fournissent, les plus grandes trouvailles. Une phrase nous chante, s'échappe de nous, comme un oiseau dans un parc désert s'échapperait d'un arbre. Une autre phrase nous chante. On nous a appris qu'elles viennent, ces phrases, du subconscient. Il y a entre elles certainement, une logique tenue, subtile, qui fait la nique à celle solide de notre esprit. Je n'aime pas la logique, et je jette volontiers sur le papier ces phrases qui me viennent d'un territoire où je ne fais pas la pluie et le beau temps. Il y a la poésie de la foule, du plus loin, de l'action. Damia dans la salle de l'Européen, jetant des câbles à des voyous pour les attirer vers des aventures qui sont de vastes blagues, et de larges sensations momentanées.
J'ai dit, il y a longtemps, que quand je pensais à la poésie, je ne pouvais voir que deux lèvres fervemment posées sur le cœur de la vie... Mais il est certain qu'on dira que ce n'est pas cela du tout...
La poésie, ceux qui ne s'en soucient pas, la contiennent. Je n'aime pas les poètes. Ils sont hommes de lettres avant d'être hommes tout court. Avant tout on devrait avoir la bouche pleine de terre. Aimer à s'insinuer dans ce long corps mouvementé, chaud, imprévu, qu'est la rue. Aimer surtout cela. Mais les poètes ont la bouche pleine de littérature. Et ils la prennent au sérieux. Il y a des tables où l'on polit des phrases, où l'on fait de la belle poésie. Seuphor conseille au poète de porter la cravate de tout le monde. Je cherche avant tout un homme. Si cet homme fait de la poésie en vivant, tant mieux. Mais je n'aime pas voir toujours un poète me masquant l'homme... Je préfère ma vie à ma poésie. D'ailleurs, je ne sais pas ce que c'est que la poésie.

Des hommes et des poètes, Guy Lévis Mano, in Directions IV, décembre 1932.



De 1924 à 1960, GLM publie dans des revues ainsi que dans des ouvrages collectifs : 1925 C'est un tango pâmé, Paris, éditions Henry Parville ...suite

Il publie aussi des préfaces pour des éditions de poésie de Juan Loguaiyu (1931), Carlos Rodriguez-Pintos (1934), ...suite



GLM traducteur de poésie

L'écriture poétique accompagne GLM tout au long de sa vie. Son engagement l'amène aussi à traduire, dès 1933, des poètes de langue espagnole ou catalane, (García Lorca, Neruda, Paz, Rodriguez Pintos, Vicente...) mais aussi des poètes anglais (Coleridge, Shakespeare, Carroll).

L'éditeur du monde entier

Durant les vingt dernières années de son activité et parallèlement à ces publications contemporaines, G.L.M. nous donnera également la chance de découvrir la poésie par delà le temps et l'espace. Une bonne centaine de livres nous permettront d'explorer le poème injustement méconnu par-delà les frontières, oublié par-delà les siècles. De l'Antiquité à l'Amérique du Sud d'aujourd'hui, de la Bible à Charles d'Orléans, de Maurice Scève à Sainte-Thérèse d'Avila, de Saint-François d'Assise aux coplas andalouses, Guy Levis Mano nous offre de la poésie un échantillonnage universel grâce entre autres à sa collection « Voix de la Terre » commencée en 1949 et qu'il poursuivra jusqu'en 1972. Il ne dédaigne pas non plus, attentif à la parole poétique sous toutes ses formes, parfois les plus inattendues, à imprimer de petits traités d'alchimie cocasses, des propos d'enfants, des chants populaires grecs, français ou serbes, des dictons ou proverbes de tous pays, et même le traité d'anatomie et de physiologie de Platon. Éclectique, passionné, érudit, autodidacte, de coups de cœur en émerveillement, capable d'humour et de clins d'yeux comme de lucidité à vif, son exploration intuitive fait une large place aux langues allemandes, anglaises, russes et surtout espagnoles (G.L.M. en ce dernier cas témoignait d'un remarquable talent de traducteur)...suite

Présence et postérité de Guy Lévis Mano, J.-H. Malineau

Voir le catalogue des textes poétiques traduits par Guy Lévis Mano.

 





Catalogue des textes poétiques de Guy Lévis Mano
De 1924 à 1974, GLM publie une trentaine de recueils de textes poétiques ...suite

treize minutes, GLM 1932, détail

treize minutes, GLM 1932 (détail de la couverture)

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand'père était oriental
et j'ai on me l'a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n'acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu'il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
                                                            là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m'ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur

in Treize Minutes, Guy Lévis Mano, 31 janvier 1925

lire le poème intégral

Recroquevillé
la main lourdement plaquée sur sa hanche
mon camarade a murmuré : ça y est

Le silence était lisse - comme la prairie était verte -
qui hacha le sifflement des obus.
C'est très simple - et c'est cela la mort.

Je pars les bras ballants
c'est difficile - c'est difficile terrible et banal.
Un camarade est mort
qui me souriait - racontait et chahutait...
Et c'est arrivé
et je ne suis pas certain que ce soit arrivé
et que mille morts soient plus tragiques qu'un mort.




in Images de l'homme immobile, 1e édition 1945, écrit en captivité


lire d'autres poèmes de la captivité






couverture de C'est un tango pamé
GLM, 1925 (détail)


Mal à l'homme

Il avait rêvé la liberté durant une inépuisable
solitude qui lui fit détester tout ce qui était vert.
Il avait rêvé la liberté assez longtemps pour qu'elle
fût parée comme une reine et entourée d'une cour
lumineuse et sereine. Mais retournant dans sa
ville, il ne reconnut même plus l'odeur de ses
rues et il perdit son rêve et son sourire en
constatant que souffrance ni colère ni mort ne sont
levain suffisant pour les hommes.

in Mal à l'homme, Guy Lévis Mano , 1948.

lire le poème Mal à l'homme

Paul Éluard, Liberté, éd. GLM 1945, coll. Poésie commune, 1

À son retour de captivité, en 1945, un des premiers textes que composera et éditera Guy Lévis Mano sera le poème Liberté de Paul Éluard.





couverture de Cinq romances gitanes, Federico Garcia Lorca, GLM 1939
Cinq romances gitanes, Federico García Lorca, GLM 1939
traduction de Guy Lévis Mano.



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