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LE MUSÉE G.L.M.
par Jean-Hugues Malineau |
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Il n'était que justice après Louis Jou
aux Baux de Provence, Pierre-André Benoît à Alès,
qu'un musée soit consacré à l'uvre exceptionnelle
de Guy Lévis Mano. On doit se réjouir que le grand public
puisse enfin avoir accès à ces uvres pour beaucoup
introuvables.
Gageons là encore que l'esprit qui anime ce musée (qui a ouvert ses portes en 1989) et le lieu reculé où il se trouve n'auraient pas déplu à l'éditeur qui a toujours su garder une part d'enfance et d'émerveillement en lui. Le musée qui réunit toutes les uvres de G.L.M. (à une dizaine d'exceptions près) propose les livres les plus prestigieux, sous vitrines bien sûr, comme il permet de prendre en mains et de feuilleter multiples autres plaquettes, dans une salle de lecture d'une quarantaine de mètres carrés, où se trouvent également les casses de l'imprimeur, ses composteurs, ses deux premières presses remises en état (presse à main et Minerve à pédale), son bureau... Ultérieurement, deux salles supplémentaires permettront des expositions thématiques consacrées à un auteur, un illustrateur, ou à une période particulière de l'éditeur. Le lieu ne se définit pas comme musée au sens traditionnel du terme, il se veut lieu d'accueil, de consultation et d'échanges pour et avec les divers visiteurs, amateurs ou curieux ; c'est là sa première originalité. G.L.M. ne « finit » pas ici, son rayonnement peut au contraire y commencer comme une autre vie, une autre diffusion. Mais beaucoup plus originale et exemplaire encore est la constitution de ce musée privé qui appartient à une collectivité d'enfants et d'adultes... Voici quarante ans que le créateur de celle-ci, Robert Ardouvin, s'installait avec quelques jeunes en difficulté sur le plan social, dans cette superbe région de la Drôme, dans le petit village de Vercheny, à quelque 600 mètres d'altitude. Retapant les maisons du village, attirant peu à
peu des « animateurs » , travaillant la vigne
(on est en plein cur du vignoble de la clairette de Die) ou les
plantes aromatiques, pratiquant l'élevage du mouton, formant
patiemment des éducateurs, la collectivité grossira en
subvenant longtemps à ses propres besoins. L'aide des pouvoirs
publics aidant, c'est aujourd'hui une collectivité de 85 enfants
en difficulté, vivant « en famille » de
trois à dix enfants qui disposent de terrains de sport, de nombreux
bâtiments, d'ateliers d'ébénisterie, de menuiserie,
de poterie, d'encadrement, de maquette, bientôt de reliure et
pourquoi pas d'impressions graphiques... |
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Or, voici plus de dix ans que Robert Ardouvin et ses
collègues, suite à la lecture d'un essai du poète
José Bergamin « La décadence de l'analphabétisme »
publié dans la revue La Délirante numéro 7
en 1979, ont introduit une autre « nourriture »
aussi essentielle à l'enfant au sein de la collectivité :
la culture!
Depuis dix ans, inlassablement, la collectivité se dote d'une fantastique bibliothèque (revues d'arts et de techniques tout d'abord, puis revues littéraires ensuite des XIXè et XXè siècles). Verve, Orbes, Cahiers d'Art, Nord-Sud, le Minotaure, les Feuilles Libres, Sic..., toutes les revues les plus rares et les plus passionnantes, des milliers et des milliers de publications sont réunies ici, de quoi faire pâlir bien des bibliothèques municipales et même nationales. La découverte de Pierre Reverdy dans Nord-Sud ou de G.L.M. grâce à ses Cahiers, incitera Robert Ardouvin à collectionner plus systématiquement les uvres de ces deux poètes, c'est ainsi que l'actuel musée Guy Levis Mano est né, de même que celui de Pierre Reverdy dans le même village. Ces livres, comme tous les bâtiments ou installations, appartiennent à la collectivité et à ses enfants qui peuvent profiter de la bibliothèque et qui, à la sortie de l'école, pénètrent dans le musée G.L.M. pour y feuilleter un ouvrage, en découvrir la beauté et la profondeur. Ils lisent et reconnaissent à travers les pages, la joie comme la solitude, la tristesse comme l'amour, dans une exigence esthétique incomparable. Gageons que là encore ce rapport entre leurs propres émotions et le poème, « le dedans et le dehors » sera susceptible de féconder bien des vocations et grande « Solidarité »*. En rencontrant personnellement ces enfants, dans leur écoute et leur respect, malgré leurs propres difficultés, je suis sûr du bien fondé d'un tel apport culturel exemplaire, comme je suis sûr du plaisir que G.L.M. aurait eu lui-même à se savoir ainsi « logé », proche des enfants qu'il aimait, proche de leur « avenir du monde ». Sachons, nous aussi, saisir la chance, en nous rendant à Vercheny, de rencontrer G.L.M. comme ces enfants peuvent le côtoyer quotidiennement au sortir de l'école. Je suis sûr que cet homme qui fut heureux de donner, dont la raison d'exister était d'offrir la parole (je songe encore à la trentaine de cartes de vux, bijoux qu'il éditait pour ses amis sous forme d'aphorismes, proverbes, dits ou courts poèmes chaque fin d'année), ne peut nous laisser indifférents à un moment de notre propre cheminement, tant il manifeste la vie vraie. |
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Jean-Hugues Malineau
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