
Cette
part de l'édition s'est construite sans les lumières de
la critique, sans les projecteurs de l'histoire littéraire. Elle
est la part silencieuse d'un homme qui fut avant tout lecteur, qui ne
concevait le partage des poètes que dans les remous de la vie,
qui, l'atelier fermé, le soir, s'échappait pour partager
l'atmosphère des combats de boxe.

Le silence
de GLM, ce sont les heures d'atelier où, seul, un homme s'empare
de la voix d'un autre pour la traduire en pages d'une évidente
lisibilité, ce sont les essais, les minutes parfois contrariées
par l'urgence du livre à finir, les doutes sur les choix dans la
mise en pages, la relecture qui met à l'épreuve le texte
plus que toute autre lecture sous la lampe. GLM a senti le texte dans
sa matérialité typographique, il a recherché la meilleure
place pour le mot dans la page, le caractère le mieux adapté
à la voix de l'auteur. Au fil du temps, il a épuré
son style typographique pour approcher cette extrême simplicité
où seuls le dessin d'un caractère et le blanc de la page
dialoguent dans le seul but d'offrir à l'il un confort de
lecture où sans artifice l'esprit peut échanger avec la
voix de l'auteur. Je me rappelle de sa réticence à accepter
de me vendre à la fin de sa vie
L'Homme des départs immobiles
parce que justement l'artifice typographique ne lui semblait plus de mise.
« Vous voulez voir ce qu'est une mise en pages ? »
me disait-il alors, et il me conduisit à l'atelier où sur
le marbre étaient les épreuves d'un texte de René
Char : un pavé parfaitement équilibré dans l'espace
de la page blanche. « Voilà ce qu'est une mise en pages.
Vous verrez, vous y viendrez ! »